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Le chantier catéchétique (Mgr Warin)

mardi 20 septembre 2011

Sans doute avez-vous pris connaissance des résultats du Baromètre religieux 2008, deuxième du nom (le premier remonte à 2005), qu’a publié notamment La Libre Belgique du 11 mars. Il ressort que la société belge francophone n’est pas aussi areligieuse qu’on ne le pense. Près de 47 % des Belges francophones se définissent comme « chrétiens ». Pour 72 % des sondés, il y a « quelque chose après la mort ». L’existence de Dieu ? Pour un peu plus de 38 %, il existe « sûrement » et pour 20 %, « probablement ».

Il demeure néanmoins que la société n’est plus chrétienne, et le christianisme plus majoritaire, comme naguère. Et que, comme l’explique le Texte-cadre sur l’avenir des paroisses, pareil changement de contexte appelle des changements en ce qui concerne les paroisses et leur vie. De là, le chantier paroissial actuel, auquel, je l’espère, notamment le remaniement en cours du Conseil épiscopal va contribuer à donner un nouvel élan.

Il y a un autre chantier qui mérite de retenir toute notre attention. Je veux parler du chantier catéchétique. S’il faut saluer les efforts qui ont été faits et qu’on continue à faire dans le domaine de la catéchèse traditionnelle, il importe toutefois de prendre conscience qu’elle est liée à un autre contexte que celui actuel, à savoir à un contexte dans lequel la transmission de la foi était quasi automatique et portée par la société elle-même.

Aujourd’hui, bien davantage qu’hier, « on ne naît pas chrétien, on le devient ». Les mots sont de Tertullien et ils sont un leitmotiv de la lettre des évêques Devenir adulte dans la foi. La catéchèse dans la vie de l’Eglise (septembre 2006).

La prise en compte de ce contexte plutôt nouveau ainsi que la définition renouvelée de la catéchèse, selon les mots du Directoire Général pour la Catéchèse, comme « formation chrétienne intégrale, ouverte à toutes les composantes de la vie chrétienne » (84), à savoir : l’annonce, la diaconie, la prière et la célébration, invitent à faire route autrement en catéchèse.

En l’occurrence, la catéchèse ne peut s’épuiser dans l’instruction des enfants et des adolescents. Elle s’adresse à tous les âges. Et parce que, comme je viens de le dire, la foi n’est plus une évidence sociale comme avant, il y a lieu de prendre le catéchuménat des adultes venant ou revenant à la foi comme la source d’inspiration de toute catéchèse ou, pour citer à nouveau le DGC, comme « le modèle dont s’inspire l’action catéchétique » (90). D’autant que le catéchuménat propose aux catéchumènes et aux recommençants un parcours catéchétique exemplaire.

En conséquence, il faut opérer, en catéchèse, une sorte de révolution copernicienne, recentrer l’activité catéchétique sur les adultes et promouvoir une pastorale catéchétique d’ensemble, qui concerne la communauté comme telle et non uniquement des individus. Comme le dit notre évêque dans son livre Pastorale et catéchèse des sacrements : « dans ces perspectives novatrices, la catéchèse des enfants et des adolescents et leur préparation aux sacrements ne sont pas répudiées (…). Elles continuent même à garder leur spécificité, mais elles s’adossent à la vie d’une communauté chrétienne elle-même catéchisée en permanence » (p.17).

Elles méritent d’être saluées, les initiatives qui sont prises en vue de promouvoir une catéchèse communautaire, une maturation permanente de la foi dans toutes ses dimensions au sein des communautés, là par exemple où la messe dominicale est précédée une fois par mois d’une catéchèse intégrale pour tous. Elles méritent d’être saluées, les initiatives visant à associer les parents au parcours catéchétique qu’il concerne le baptême, la première communion, la profession de foi ou la confirmation. Elles méritent d’être saluées, les initiatives visant à promouvoir une catéchèse intergénérationnelle ou décloisonnée.

Nous devons certes continuer à accueillir les demandes de baptême, de première communion, de profession de foi telles qu’elles nous parviennent. Mais, en même temps, il est temps que nous fassions connaître nos propositions. Proposer la foi, comme je l’ai écrit dans le Texte-cadre sur l’avenir des paroisses, « ne signifie pas seulement ne pas l’imposer, ou ne plus la présupposer, mais encore la ‘poser-devant’, prendre l’initiative de l’offre – et donc ne plus simplement être à la traîne de la demande » (p.5).

Voilà pourquoi, outre le chantier paroissial, un chantier catéchétique devrait être ouvert. Nous ne partons pas de rien. Notre Service diocésain de la catéchèse a produit des documents que bien d’autres diocèses ont adoptés. Nous avons une Commission pour le catéchuménat des adultes, une Commission pour la pastorale des personnes handicapées. Et puis, dans le courant de l’année 2005, a été entamée, au sein des divers conseils, une réflexion touchant à la pastorale et à la catéchèse des sacrements. Une synthèse de cette réflexion vient d’être réalisée par Maurice Herbiet et une équipe.

A mon avis, il est nécessaire de traduire maintenant dans les faits les principes directeurs nouveaux en matière de catéchèse. Ne serait-il pas heureux d’aller dans le sens que voici ?

Eriger une Commission diocésaine unique de la catéchèse. Pourquoi unique ? N’est-il pas paradoxal que, alors que doit se déployer une catéchèse intergénérationnelle et décloisonnée, il y ait, d’un côté, le Service diocésain de la catéchèse qui concerne les enfants et, d’un autre côté, - sans guère de passerelles – la Commission pour le catéchuménat des adultes ? Une précision : quand je parle d’une commission unique de la catéchèse, je n’entends pas un bloc monolithique, mais plutôt une unique commission diversifiée, avec d’éventuelles sous-commissions. Le Directoire souligne le caractère intégral (englobant) de la catéchèse. Ne peut-on penser à un Conseil de la catéchèse qui, outre les membres de la Commission diocésaine de la catéchèse, inclurait un représentant du Vicariat des communautés paroissiales, un des Pastorales spécialisées, un du Vicariat de l’Enseignement, un du Coup de Pouce, un de Missio, et bien sûr un de la Formation ? Je dis « bien sûr un de la formation », parce que catéchèse et formation sont deux sœurs. D’ailleurs, quand il a été question de donner davantage pignon sur rue aux services diocésains à l’étroit au Séminaire, en leur aménageant la maison de la Place du Chapitre, on a dit alors avec pertinence qu’il convenait que le Service de la catéchèse reste dans le Centre de formation. Je pense que, comme l’avenir des communautés paroissiales, l’avenir en matière de catéchèse doit se penser dans un va-et-vient entre le terrain et une équipe diocésaine, centrale, motrice. Concrètement, je pense que, dans la foulée du DGC de 1997, des deux premiers chapitres du livre de notre évêque paru en 2005 Pastorale et catéchèse des sacrements, de la lettre des évêques de septembre 2006 sur la catéchèse dans la vie de l’Eglise, ou encore des recherches les plus sûres en matière de catéchèse, il y aurait lieu de promouvoir une charte diocésaine de la catéchèse posant des balises essentielles et non pas balisant entièrement la route. Les régions pastorales, les doyennés, les secteurs seraient alors invités à se laisser interpeller par cette charte et à faire des propositions pour leur route en catéchèse – propositions pour la mise en œuvre desquelles l’équipe diocésaine de la catéchèse pourrait offrir son aide.

† Pierre Warin

Conseil épiscopal + Doyens Principaux – 14 mars 2008