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Et les épouses ?

mardi 20 septembre 2011

La femme du diacre

C’est bien de parler du diacre. Cependant, il ne faudrait pas oublier une personne avec laquelle il doit vivre et à laquelle il est lié par le sacrement du mariage : son épouse. Si elle a accepté que son époux devienne diacre, elle ressent bien que cet engagement pose certains problèmes.

Un premier domaine est l’attitude du diacre par rapport à sa famille. Son cheminement et sa formation l’ont gonflé à bloc pour le service. Ordonné, il se lance à fond dans celui-ci. Sa conception du service risque de l’engager à surinvestir dans les autres et moins dans sa propre famille. Ce fait présente un danger d’unilatéralité qui est mal perçu par l’épouse (et spécialement si les époux ont de jeunes enfants). D’un autre côté, celle-ci pourra se sentir coupable d’empêcher son mari "de faire du bien"...

Il ne faut pas oublier que la première communauté à laquelle appartient le diacre est sa famille. Dans ce cadre, il doit donner le témoignage d’un bon époux et d’un bon père de famille.

Il faut reconnaître qu’un engagement diaconal entraîne souvent une surestimation du rôle diaconal : le diacre est déçu parce qu’il ne "peut" pas faire tout ce qu’il "voudrait" faire. La diaconie, dans certains milieux professionnels notamment, est extrêmement difficile. Ou bien les gens manifestent leur déception en renvoyant le diacre à la vocation dans laquelle certains projettent leurs propres idéaux : il est diacre, dont il "doit" être là" par exemple aux célébrations dominicales. Peu à peu le diacre risque de perdre le sens de la distance critique et voit le droit fil de sa vocation diaconale dans l’acceptation de tout ce qu’on veut lui demander ou dans un désir généreux, mais insuffisamment contrôlé, d’"être tout à tous". Or, apprendre à dire "non", condition d’équilibre et d’efficacité, est parfois mal accepté dans les communautés locales. En faire trop est une tentation et une pente glissante.

L’épouse est souvent la mémoire privilégiée du mari, soit dans le sens d’une sonnette d’alarme si l’activisme forcené déséquilibre la vie familiale, soit dans le sens de Marie à Cana : "Ne pourrais-tu faire quelque chose pour eux ?" (Jn, II 3).

Il serait bon que les épouses de diacres se réunissent régulièrement entre elles pour échanger à propos des difficultés qu’elles rencontrent, pour se soutenir et pour s’encourager. Peut-être auront-elles un message commun à faire passer à leurs diacres de maris.

Jacques DESSAUCY

Témoignage d’une femme de diacre

Isabelle Vermeer, épouse d’Eric (diocèse de Namur, Belgique)

Isabelle : On me demande souvent quelle est la place, le rôle de la femme d’un diacre. Et je réponds toujours : A la femme de diacre prend la place qu’elle veut bien prendre, ni plus ni moins. C’est à chacune de trouver, pour aujourd’hui, l’espace et la parole qui lui permettra d’être à la fois épanouie et en grande communion avec son mari... J’ai été fort touchée par le témoignage d’une femme de diacre dans une des revues DIACONAMUR. J’étais à la fois édifiée par la vérité et l’authenticité de ce témoignage et en même temps, surprise de la difficulté qu’elle éprouvait et du changement radical que l’ordination avait engendré dans sa famille. Je ne m’y retrouvais pas du tout. Pour ma part, j’ai l’impression que notre vie n’a pas beaucoup changé, en termes d’activités, depuis l’ordination d’Eric. C’est vrai, Eric est parfois à l’autel, pas toujours, surtout lorsqu’il doit faire une homélie. De temps en temps, il doit se déplacer pour préparer ou célébrer un baptême ou animer une soirée de prière. Mais la plupart du temps, toute la mission diaconale d’Eric, au niveau paroissial, se vit à la maison, dans l’accueil des couples et des jeunes en difficultés. Cela me donne la joie parfois d’y participer et parfois de m’effacer simplement lorsqu’il s’agit par exemple, d’un accompagnement spirituel avec toute l’exigence et la discrétion que cela suppose. Eric me dit souvent qu’il a besoin de moi, de mon point de vue et de mes différences. C’est une grande grâce pour moi car je me sens réellement associée à sa mission diaconale. Eric et moi sommes très attentifs à nos enfants. Ils restent toujours prioritaires et l’accueil qui se vit à la maison est très respectueux de l’harmonie familiale. Nous ne pouvons prendre du temps pour écouter et accompagner les autres que si nous le faisons d’abord pour nos enfants et nous-mêmes. Comme il est bienfaisant de nous accorder de longues soirées, des temps de relecture hebdomadaires, en couple et en famille, pour nous mettre à l’écoute l’un de l’autre et laisser ainsi l’Amour circuler entre nous. La santé d’Eric est fragile et lui donne de très grosses difficultés à se déplacer après ses journées de travail. C’est une souffrance à laquelle il faut consentir et qui se transfigure parfois dans une étrange fécondité. Lorsque Eric est sollicité pour une réunion de secteur par exemple, mais que son état ne lui permet pas de s’y rendre car il a mis toute son énergie au travail ; il m’arrive parfois, non pas de le remplacer bien sûr, mais de le représenter, pendant que lui est en prière dans la chapelle et est présent d’une autre manière, invisible mais tout aussi importante. Je me sens bien dans ma place de mère, d’épouse et de femme de diacre. Je me sens profondément respectée par Eric et son amour pour moi est toujours empreint de mille et une délicatesses. Il n’y a pas une seule mission diaconale d’Eric qui ne soit acceptée par lui sans une concertation avec moi au préalable. J’ai le sentiment profond que notre mission commune au service de l’Eglise, consacrée par l’ordination diaconale d’Eric, fortifie et embellit le sacrement de notre mariage.

Eric : On dit toujours que le diacre doit être en esprit de service, mais ne doit-il pas d’abord être au service de l’Esprit ?. C’est ainsi que, dans notre quotidien, nous ne répondons jamais de prime abord, aux sollicitations que nous recevons mais nous commençons par les présenter à Dieu dans la prière afin que toutes nos décisions soient le fruit d’une concertation libre, responsable et discernée dans le Seigneur. Dans un grand souci d’écoute des besoins de la famille, de ma santé et de l’Eglise, il nous arrive régulièrement d’avoir à refuser telle ou telle demande. Il me semble que la liberté dans l’Esprit-Saint exige que le diacre puisse aussi avoir le courage de dire non et cela, sans culpabilité ni justifications exagérées. La seule Personne à qui nous aurons à rendre des comptes, c’est à Dieu et à Lui seul. Isabelle est, pour moi, un cadeau de tous les jours et je ne cesse de m’émerveiller devant sa qualité d’être. Son humilité, sa douceur et son bon sens sont des éléments moteurs et indispensables dans notre mission diaconale. Elle sait quand j’ai besoin d’elle et quand elle doit s’effacer. De même, les enfants sont importants dans cette mission d’Eglise car ils participent à cette réalité diaconale. Par exemple, plusieurs jeunes accueillis pendant quelques jours à la maison nous ont dit combien les enfants avaient été structurants pour eux. Je ne pourrais pas envisager ma mission diaconale en dehors de ce lieu d’humanité fait de don, de pardon et d’abandon qu’est ma famille. L’intuition profonde de Vatican II de restaurer le diaconat à caractère permanent, n’a jamais été de vouloir combler un éventuel manque de prêtres, mais de permettre à des hommes d’être au service de l’Eglise, dans une insertion professionnelle et dans une réalité familiale. Vouloir servir l’Eglise sans tenir compte de ces deux espaces de vie me semble dangereux pour tout le monde, y compris pour la grâce diaconale qui risque d’être dénaturée. Le plus grand service à rendre, c’est l’Amour. C’est ce que nous dit François de Sales : " Le seul service, c’est aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même. L’Amour est une vertu admirable, il est moyen et fin tout ensemble ; chemin et terme, il est la voie pour aller à lui-même. L’Amour et rien d’autre..."A chacun d’essayer d’incarner ce service de l’Amour au niveau familial, professionnel et paroissial. Et quelle joie de tendre à cet idéal, dans l’accueil mutuel de ses pauvretés et de ses limites.

Isabelle et Eric Vermeer

(Publié dans DIACONAMUR, mars 2003)