Diaconamur


page précédente

Le rôle du diacre en dehors de l'eucharistie

 

LES DOSSIERS DE LA COMMISSION ÉPISCOPALE FRANCAISE

DE LITURGIE ET DE PASTORALE SACRAMENTELLE

5

LE ROLE DES DIACRES

DANS L'ACTION LITURGIQUE

Fascicule II

(Sacrements, sauf Eucharistie, et autres célébrations)

octobre 1992

LIMINAIRE

Le service que les diacres accomplissent au nom du Christ est d'abord celui de la charité. Les diacres, établis dans leur ministère par une ordination, vont à la rencontre de leurs frères, ils sont à l'écoute de leurs attentes, et de leurs besoins matériels et spirituels. Le ministère diaconal, dans l'Eglise, est le signe du Christ «venu pour servir». Le rôle des diacres dans la liturgie, relié à l'ensemble de leur ministère, manifeste la raison d'être et l'origine de ce service.

Un premier fascicule intitulé «Le rôle des diacres dans l'action liturgique» avait été publié en 1986. Il était le fruit d'une collaboration entre le Comité National du Diaconat et le Centre National de Pastorale Liturgique. Il était consacré à l'Eucharistie et aux assemblées dominicales. Mais la vie liturgique de l'Eglise ne s'arrête pas là et le diacre participe à sa place et selon son ministère à bien d'autres célébrations de la prière officielle de l'Eglise.

La demande avait été plusieurs fois renouvelée d'un nouveau document qui aborderait l'ensemble des autres célébrations. Le travail a été mené à bonne fin dans les mêmes conditions et dans le même esprit de collaboration entre les représentants du Diaconat et de la Pastorale liturgique.

Ce deuxième fascicule traite en particulier du rôle du diacre dans les sacrements de l'initiation chrétienne, lors du mariage et dans la célébration des funérailles. Mais aussi dans la liturgie des Heures et les bénédictions. Les précisions et les orientations qui sont ici proposées pourront être utiles aux diacres, mais aussi aux prêtres et aux autres acteurs de la célébration.

Le livret commence par une introduction qui, à partir d'une enquête systématique, fait une sorte d'état des lieux : quelle est la pratique en France[1] en ce domaine et quelles sont les questions qu'elle suscite? Cette enquête remonte maintenant à plusieurs années et le diaconat s'est notablement développé depuis, mais les données de base demeurent sans doute à peu près les mêmes.

De plus, il a paru nécessaire de faire précéder les propositions pratiques et détaillées d'une réflexion plus générale sur «le rôle du diacre dans la mission de sanctification de l'Eglise». De fait, il est essentiel de ne pas rester dans une problématique trop étroite. La vraie question n'est pas: «Qu'est-ce que le diacre a le droit de faire ?» ou «Le diacre a-t-il bien fait tout ce qu'il faut faire ?». Il s'agit plutôt d'apprécier, dans la conformité aux textes normatifs, ce qui convient en telle circonstance, avec telle assemblée, de discerner ce qui pourra le mieux servir la foi et l'amour en même temps que le témoignage de l'Eglise. La réflexion sur ces sujets doit être le fait non seulement des diacres, mais de l'ensemble des responsables pastoraux et il sera bien utile, plus d'une fois, de prendre l'avis du Conseil pastoral. La conduite à tenir et les décisions à prendre à propos de tel baptême, de telle demande de mariage, par exemple, doivent faire l'objet d'une concertation avec les prêtres de l'équipe pastorale, voire avec l'évêque parfois. Le fait de disposer des mêmes textes et de pouvoir s'y référer favorisera l'échange.

Certes ce chapitre général aurait plus logiquement trouvé sa place au début du premier fascicule. Il faut le dire simplement: nous sommes ici tributaires de l'histoire et des conditions d'élaboration de ce document. Cette situation peut avoir quelques avantages. Nous pouvons déjà proposer des repères assez clairs, mais la redécouverte du diaconat doit encore se poursuivre. La forme modeste de la publication elle-même manifeste que le dossier reste ouvert ... Dans quelques années le contenu des deux fascicules pourra sans doute être mieux harmonisé et repris dans un unique volume.

Mais l'essentiel est que le signe du Christ soit donné et que son service soit accompli.

+ Georges GILSON                                        + Michel MOUTEL

Évêque du Mans                                               Évêque de Nevers

CND                                                                   CEL.PS


INTRODUCTION

Regard sur la pratique en France

Une consultation avait été réalisée par le Comité National du Diaconat et le Centre National de Pastorale Liturgique, en 1986, auprès des diacres français, afin d'observer quels rôles leur étaient confiés dans les célébrations de baptêmes, mariages, funérailles et bénédictions. Une centaine de réponses, bien réparties dans l'ensemble des régions apostoliques et issues de 53 diocèses, a permis de dégager un certain nombre de tendances et de questions.

Bien évidemment, les appréciations relevées dans cette consultation centrée sur le ministère des diacres laissent entier le rôle fondamental des prêtres dans ces diverses célébrations (cf. les remarques sur la bonne articulation des ministères, pp. 18 ss). Il s'agit ici de faire apparaître les conditions les plus favorables à l'exercice du ministère diaconal et d'attirer l'attention sur les aspects qui demandent un juste discernement.

1.      Participation des diacres à diverses célébrations

Les lettres de mission attribuées aux diacres manifestent assez fréquemment «la place discrète mais réelle» que leur ministère doit prendre dans la pastorale sacramentelle et liturgique. Pour la plupart, il s'agit de rappeler les aspects habituels de leur ministère liturgique. Pour certains, un développement en est prévu, dans le sens de la préparation aux sacrements (baptême, mariage), d'un accompagnement des équipes de préparation, d'une animation de la vie de prière des chrétiens d'un quartier ou d'une paroisse, ou encore dans l'accomplissement du service des malades.

En ce qui concerne les sacrements et sacramentaux, les situations les plus fréquentes où les diacres sont appelés à célébrer avec un prêtre sont les mariages et les funérailles, en raison, notamment, du lien fréquent de ces célébrations avec l'eucharistie. Pour les baptêmes, les diacres seront plus souvent en situation de présidence, en l'absence de prêtre. Il peut arriver cependant qu'ils participent, lors de baptêmes groupés, ou encore, lors de la Veillée pascale, également pour des baptêmes d'enfants en âge scolaire.

Le partage des rôles entre prêtre et diacre demande réflexion. De manière générale, la liturgie de la Parole est souvent confiée au diacre et, en particulier, l'homélie. Des questions peuvent se poser concernant le rapport au ministère de la Parole dans l'assemblée ainsi qu'à la fonction de présidence (cf. ci-dessous, pp. 15 ss).

2.      Diacres en situation de présidence liturgique

La situation la plus fréquente de présidence par des diacres est le baptême, cependant elle reste encore limitée. Parmi les diacres ayant répondu à la consultation de 1986, voici les différentes proportions observées :

Y      Pour la présidence des baptêmes : 62 % des réponses indiquent moins de 10 baptêmes par an ; 32 % (dont 23 % entre 10 et 30) indiquent plus de 10 baptêmes par an ; 6 %, jamais.

Y      Pour la présidence des mariages: 67 %, moins de 10 ; 10,3 %, plus de 10 ; 27,7 %, jamais.

Y      Pour la présidence des funérailles: 49 %, moins de 10 ; 15,7 %, plus de 10 ; 35,3 %, jamais.

Les motifs d'une moindre participation des diacres à la célébration'des funérailles, comparativement au baptême ou au mariage, peuvent correspondre, d'une part, à une difficulté de se rendre libres à certaines heures, lorsqu'ils ont une activité professionnelle; d'autre part, il semble que, dans ce domaine, les chrétiens préfèrent encore assez souvent s'adresser à un prêtre, notamment à cause du souhait que l'eucharistie soit célébrée à cette occasion. On peut noter cette expression: «On craint que cela fasse plus pauvre si l'on ne peut avoir un prêtre». Toutefois, beaucoup de diacres soulignent qu'ils s'efforcent d'être présents aux obsèques des personnes de leur quartier lorsque c'est possible, même s'ils n'en assurent pas la présidence.

Quant à la célébration des mariages, il apparaît, en certains cas, que les prêtres se montrent plus réticents à confier la présidence à un diacre[2] : «préparation plus délicate», dit un prêtre; certains diacres pensent que le mariage est mieux perçu avec la présence d'un prêtre.

Les diacres qui assurent le plus grand nombre de célébrations ont en général un ministère étroitement associé aux tâches paroissiales : animation de la commission de préparation aux baptêmes, membre de l'équipe des permanents, permanence assurée une ou deux fois par semaine.

Pour les célébrations de mariages ou de funérailles, le partage semble se faire à peu près pour moitié entre ceux qui reçoivent des demandes, plutôt par relations ou voisinage, et ceux qui les reçoivent par l'intermédiaire des prêtres de la paroisse où ils sont insérés. Dans le cas des funérailles, la présence d'un diacre est également liée au fait qu'il visite les personnes âgées et les malades sur un quartier ou dans un établissement hospitalier. Beaucoup notent qu'à l'occasion des décès, ils assurent la visite de la famille et la veillée auprès du défunt.

En ce qui concerne les demandes provenant de la famille, on peut remarquer que, plus la célébration correspond à un investissement affectif fort, moins les diacres souhaitent y intervenir «en première ligne» (surtout pour le mariage des enfants ou pour des funérailles).

Parmi les avantages évoqués, il faut retenir une meilleure connaissance des personnes permettant de mieux adapter la préparation et la célébration, dans une atmosphère détendue ; un témoignage pour le milieu familial et une occasion de dialogue et de prière ensemble ; la préparation qui donne aux membres de la famille l'occasion de rencontrer d'autres personnes.

Parmi les inconvénients, les diacres soulignent un risque d'éloignement de la communauté locale avec laquelle ils ont généralement souci d'établir le lien ; une difficulté de faire la préparation de ceux qui sont loin ; une crainte de ne pouvoir se situer avec suffisamment de rigueur, surtout pour le mariage.

Dans la plupart des cas, les diacres qui vont présider un baptême en effectuent la préparation, en rencontrant les parents et si possible les parrains et marraines. Parfois, ils réalisent le premier accueil des parents, laissant aux équipes de laïcs ou aux services compétents le soin de poursuivre la préparation. Pour le mariage, un peu plus de 50 ~ des réponses indiquaient une participation à la préparation ; quelques-uns la situaient explicitement en collaboration avec un prêtre ; un certain nombre soulignaient la part prise par leur épouse dans l'accueil et la préparation.


3.      Le choix du ministre

Ce sont souvent les circonstances qui conduisent à choisir un diacre plutôt qu'un prêtre, ou alors ce sont les liens qui existent avec les diacres: amitié, insertion sur un quartier, activités associatives, collègues de travail, visite des malades, service paroissial, permanence d'accueil, etc.

Le statut et le mode de vie des diacres apparaissent des éléments déterminants dans l'appréciation des demandeurs de sacrements : proximité humaine et compréhension des situations. Voici quelques expressions relevées à partir de la consultation : «Les rapports sont plus faciles, plus confiants», «les jeunes se sentent plus à l'aise», «il est au travail comme nous», «il a plus d'expérience de la vie familiale, de l'éducation, d'où plus de crédibilité», «il intimide moins», «il est plus proche: partage des joies et des peines, repas pris ensemble». Certains notent également comme facteur favorable la stabilité des diacres, alors que les prêtres passent...

4.      Le cas des bénédictions

La consultation de 1986 fait apparaître que 75 % des diacres ayant répondu ont reçu des demandes de bénédictions, principalement d'objets de piété (médailles, statues, croix, chapelets, etc.) ou encore d'objets domestiques, voire de maisons ou appartements. Quelques-uns ont eu à accomplir des bénédictions prévues dans le cadre des diverses célébrations.

Ce domaine suscite un grand nombre de questions touchant, en particulier, le discernement à opérer par rapport aux demandes. En même temps le ministère des diacres, en raison des caractères rappelés ci-dessous, est sans doute bien adapté pour faire, à l'occasion de ces bénédictions, un lien entre l'existence quotidienne, les habitudes chrétiennes et la foi.

5.      Un ministère intégré et intégrateur

Le témoignage des diacres qui ont répondu à la consultation de 1986 permet de mettre en évidence un certain nombre de traits qui caractérisent leur ministère liturgique, en rapport avec la spécificité du diaconat.

«Un ministère du seuil»

Cette expression revient plusieurs fois dans les réponses. En voici quelques témoignages :

Y      Ce ministère permet «une, rencontre en vérité de personnes qui apparemment sont loin de l'Eglise mais qui, au fond, portent en elles une soif spirituelle; à condition d'avoir le temps de les écouter, de partager leur vie, leurs doutes, leurs rancoeurs, leurs espérances...»

Y      «Ma mission est de susciter des groupes de chrétiens dans le secteur ... à partir d~ la préparation, d'inviter ces personnes à s'insérer dans un groupe d'Eglise».

Y      Moment privilégié de rencontre des couples, notamment «non canoniques». «Par moi, l'Eglise est très proche, très aimante et non rejetée...»

«Un ministère qui crée des liens»

Ce temps de réflexion, de partage, amorcé «au seuil», conduit souvent à d'autres rencontres et permet de «tisser une réalité de quartier». Des parents, préparés au mariage, reprendront le dialogue pour le baptême de leur enfant. Beaucoup de diacres expriment leur souci d'assurer d'autres étapes après le baptême ou le mariage.

«Une dimension missionnaire»

C'est une préoccupation de la plupart des diacres qui ont répondu. Elle se traduit par l'attention à rencontrer les familles, à partager leurs joies et leurs peines, à les soutenir dans la prière. Elle se réalise aussi dans un partage des rôles, notamment avec les laïcs qui composent les équipes de préparation. Le fait de s'engager dans la préparation des célébrations liées aux grands passages de l'existence rejoint sans doute un aspect caractérisant le ministère des diacres et semble pouvoir tempérer les craintes exprimées devant la perspective d'un diaconat qui serait trop investi «en paroisse».


1ère Partie

LA DIACONIE LITURGIQUE DES DIACRES

Le fascicule 1 comportait un premier chapitre sur «les fonctions liturgiques des diacres». Nous invitons les lecteurs à s'y reporter. Cependant, il a paru nécessaire de faire également précéder d'une réflexion plus générale ce deuxième fascicule consacré aux célébrations autres que l'Eucharistie. Au moment de déterminer le rôle du diacre dans la célébration des sacrements de l'initiation chrétienne, de la réconciliation, du mariage, des bénédictions, etc., il est, en effet, très opportun d'éclairer les questions qui se posent en amont de la célébration elle-même et qu'illustrent les pages d'introduction à ce fascicule, «regard sur la pratique en France».

Les interrogations les plus fréquentes peuvent se résumer de la façon suivante : des textes officiels décrivent les actions que le diacre est en droit d'accomplir, mais souvent la question se posera de savoir s'il convient que le diacre fasse tout ce qu'il peut faire. La réponse à ce genre d'interrogations devra prendre en compte des éléments d'appréciation fort divers. Ce sont ces éléments que nous proposons ici, en souhaitant que les diacres ne soient pas seuls à opérer cette réflexion : la décision de célébrer ou non tel mariage ou telles funérailles se prendra, la plupart du temps, en concertation avec des prêtres, avec des laïcs, peut-être avec d'autres diacres, voire avec l'évêque. Il est probable aussi que la situation des diocèses, des paroisses ou des groupes, au sein desquels le diacre exerce son ministère liturgique, évoluera encore. La référence aux mêmes textes de base devrait faciliter l'échange et développer les capacités d'adaptation aux réalités nouvelles.

Le texte qui suit rappelle donc les fondements et les diverses formes de la diaconie liturgique des diacres, avec des éléments de discernement pour une juste articulation des rôles. Il a ainsi une portée à la fois théorique et pratique, pour envisager les problèmes spécifiques que peut poser l'accomplissement du ministère diaconal :

Y      soit dans des situations où il doit s'articuler avec le ministère presbytéral, voire épiscopal;

Y      soit dans un contexte où il s'exerce en l'absence de prêtre.

I FONDEMENTS ET FORMES DIVERSES

Dans le chapitre consacré à la constitution hiérarchique de l'Église, le concile Vatican II définit ainsi le statut et les fonctions du diacre :

«La grâce sacramentelle donne (aux diacres) la force nécessaire pour servir le peuple de Dieu dans la "diaconie" de la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l'évêque et son presbyterium. Selon les dispositions prises par l'autorité qualifiée, il appartient au diacre d'administrer solennellement le baptême, de conserver et de distribuer l'Eucharistie, d'assister, au nom de l'Eglise, au mariage et de le bénir, de porter le viatique aux mourants, de donner lecture aux fidèles de la Sainte Écriture, d'instruire et d'exhorter le peuple, de présider au culte et à la prière des fidèles, d'être ministres des sacramentaux, de présider aux rites funèbres et à la sépulture...» (Lumen Gentium, n. 29).

Dans ce texte on peut discerner trois éléments : d'une part la grâce sacramentelle qui confère une aptitude, d'autre part l'énumération d'actions qui concernent toute la mission de sanctification, mais avec une condition placée en incise entre la mention de la grâce sacramentelle et l'énumération des tâches : «selon les dispositions prises par l'autorité qualifiée». Nous aurons à nous demander, plus loin, si les «dispositions prises par l'autorité qualifiée» sont d'ordre organisationnel ou si elles correspondent à l'idée que le diacre, «ministre ordinaire» du baptême, du mariage, de la prédication, l'est à un titre différent des autres ministres «ordinaires».

La lettre apostolique Ad pascendum, du 15 août 1972, précise notamment la forme du ministère ecclésial et du lien avec le Christ serviteur que confère la grâce sacramentelle du diaconat:

«Le Concile Vatican II accéda aux souhaits et aux demandes de restauration du diaconat permanent, lorsque le bien des âmes le demanderait, comme ordre intermédiaire entre les degrés supérieurs de la hiérarchie ecclésiastique et le reste du peuple de Dieu, en quelque sorte comme interprète des besoins et des aspirations des communauté~ chrétiennes, animateur du service ou de la diaconie de l'Eglise auprès des communautés chrétiennes locales, signe ou sacrement du Christ Seigneur lui-même, qui n'est pas venu pour être servi, mais pour servir.»

Ce texte exprime donc déjà quelque peu le statut dans lequel se trouve le diacre par rapport à la communauté chrétienne du fait de l'ordination. D'autres documents permettent de préciser la nature, l'étendue et les limites du type de responsabilité que confère l'ordination diaconale à l'égard de la communauté des fidèles.

1. Déploiement et limites du ministère diaconal dans la pastorale liturgique et sacramentelle

Selon l'orientation du Concile Vatican II, reprise par le Code de Droit canonique, la responsabilité diaconale est de type pastoral :

«Le Christ Seigneur, pour assurer au peuple de Dieu des gasteurs et les moyens de sa croissance, a institué dans son Eglise des ministères variés qui tendent au bien de tout le corps. En effet, les ministres qui disposent du pouvoir sacré sont au service de leurs frères...» (Lumen Gentium, n. 18).

«Par le sacrement de l'Ordre, d'institution divine, certains fidèles sont constitués ministres sacrés par le caractère indélébile dont ils sont marqués ; ils sont ainsi consacrés et députés pour être pasteurs du peuple de Dieu, chacun selon son degré, en remplissant en la personne du Christ Chef les fonctions d'enseignement, de sanctification et de gouvernement.» (can. 1008)

Le caractère pastoral de la fonction du diacre est corroboré par l'expression de «ministre ordinaire» qui sert à définir le rôle du diacre à propos des actes liturgiques mentionnés tout spécialement dans le p~ssage, cité plus haut, de la Constitution du concile Vatican II sur l'Eglise.

Dans le même sens, le Code de Droit canonique souligne l'importance de l'Ordre conféré au diacre en présentant certaines fonctions comme confiées en quelque sorte équivalemment à l'évêque, au prêtre et au diacre :

«Le ministre ordinaire du baptême est l'évêque, le prêtre et le diacre, restant sauves les dispositions du cano530, 1°» (can. 861 § 1)

«Le ministre de l'exposition du très saint Sacrement et de la bénédiction eucharistique est le prêtre ou le diacre...» (can. 943)

«Parmi les formes de prédication, l'homélie, qui fait partie de la liturgie elle-même et est réservée au prêtre ou au diacre, tient une place éminente...» (can. 767 § 1)

Cependant, l'exercice, par le diacre, des fonctions auxquelles il est habilité par l'ordination comporte certaines limites. Concrètement, cela se manifeste dans le fait que, dans la plupart des cas, le diacre ne célèbre pas systématiquement les baptêmes, les mariages ou les obsèques : la raison de cet état de fait ne doit pas être cherchée, semble-t-il, dans un manque du côté des diacres, mais dans ce que suggère le canon 861 déjà cité: «Le ministre du baptême est l'évêque, le prêtre et le diacre, restant sauves les dispositions du canon 530, 1°». Or ce canon stipule que «les fonctions spécialement confiées au curé sont les suivantes : 1. L'administration du baptême...». Si donc la célébration du baptême, sans être réservée au curé, est assez souvent pratiquée en priorité par lui, c'est parce que, à travers cette célébration, se manifeste le type de lien qui existe entre le curé et les fidèles du fait de la charge pastorale. Un diacre, en effet, ne préside pas à l'édification de l'Eglise locale. C'est précisément la charge du curé.

2. Diaconie liturgique des diacres et fonction de présidence

Les limites qui viennent d'être évoquées touchent précisément le ministère et la fonction de présidence. L'histoire montre, en effet, une permanence du lien instauré entre présidence à l'édification d'une Eglise locale et ministère liturgique de présidence ; en particulier dans les actes majeurs d'agrégation, de réconciliation. Cette extrême convenance ecclésiologique doit être perçue par tous. En conséquence:

a) Lorsqu'un diacre participe à une célébration présidée par un évêque ou un prêtre

Il veillera à laisser à celui qui préside les actions spécifiquement réservées ou liées à la fonction de présidence !

Inversement, celui qui préside veillera à ce que les diacres présents puissent accomplir pleinement les actions liées à leur diaconie liturgique propre, y compris en amont et en aval de la célébration (préparation, accompagnement, etc.).

b) Lorsqu'un diacre est appelé à présider une célébration liturgique, en l'absence de prêtre

Il convient qu'il accomplisse, dans cette situation précise, ce qui revient à la fonction présidentielle et qui est généralement prévu par les livres liturgiques. Il n'accomplira pas les actions strictement réservées au prêtre (dans le cadre de célébrations pénitentielles, par exemple). S'il y a une recherche à faire, c'est sans doute dans le sens d'une valorisation de ce qui est liturgiquement prévu, mais c'est aussi et surtout quant à la question de l'opportunité pastorale d'interventions plus nombreuses des diacres dans ce domaine.



Les rubriques font usage de deux formules dont il faut bien saisir la portée :

«Ce qui revient au diacre»

«Ce qu'un diacre peut faire»

   

Il faut entendre ici :

Certaines rubriques mentionnent : «le diacre peut...»

   

ce qu'un diacre doit accomplir lorsqu'il célèbre ou préside,

cela signifie que la fonction visée «peut» être également accomplie par une autre personne, ministre permanent ou pas, suivant le cas ;

   

notamment en présence d'autres ministres:

soit évêque ou prêtre, d'une part,
soit laïcs, d'autre part.

ou encore, qu'il s'agit d'une action facultative dont il faut apprécier l'opportunité, éventuellement l'omettre ou la remplacer par une autre.

Un bon discernement des différentes situations ne vise pas seulement à préserver une bonne organisation, mais a une portée pédagogique importante, notamment auprès des fidèles. Il permet, en effet, de situer plus clairement la nature des actions et la signification des divers ministères, dans leur juste articulation.

La détermination des tâches du diacre en général et de tel diacre en particulier reste cependant un problème en même temps qu'un chance. Celle-ci réside dans le fait qu'une certaine disponibilité, en fait et en droit, du ministère diaconal constitue une invitation permanente à évaluer les besoins les plus importants auxquels il peut répondre et qui correspondent à sa grâce et à sa mission propre. Lorsque l'Eglise appelle au diaconat, elle s'engage à dessiner jour après jour le visage et la consistance de son diaconat. «Ignorer cette responsabilité, c'est détourner de leur sens des appels authentiques ou bien utiliser le diaconat comme fourre-tout provisoire» (cf. Documents-Episcopat, avril 1980, «Le diaconat dans le ministère de l'Eglise», p. 3).

Les lettres de mission témoignent de prudence, sinon de perplexité :

«Votre ministère liturgique doit trouver sa place, discrète mais réelle.»

«Vous aurez à vous former à la célébration des mariages et, éventuellement, des baptêmes qui vous seront demandés à l'occasion des rencontres de pastorale familiale.»

«Vous examinerez avec les pasteurs et les équipes concernées la manière la plus juste de prendre votre place dans les célébrations liturgiques, en particulier des baptêmes, mariages, funérailles.»

On comprend que, suivant le contexte ecclésial ou social, les façons de réaliser la «place discrète», les «baptêmes éventuellement», la «manière la plus juste» pourront se révéler assez différentes.


3. Diaconie liturgique des diacres dans un ensemble pastoral

La consultation réalisée auprès des diacres français en 1986 révèle une grande attention portée par les diacres, non seulement au moment des célébrations, mais aussi à tout ce qui les précède et les suit. Dans chacun des chapitres suivants, on trouvera un développement de ces divers aspects à partir de l'expérience des diocèses, avec parfois des propositions susceptibles d'aboutir à des responsabilités fort importantes et correspondant à des besoins urgents:

«Pendant toute la durée du catéchuménat, les diacres peuvent travailler en collaboration avec les prêtres et les catéchistes pour assurer une formation adaptée.».

«Lors de la visite des malades, le diacre apportera son soutien par des paroles de réconfort et une aide fraternelle pour tout ce dont ils ont besoin.»

Sans doute les formes de participation des diacres à la préparation aux sacrements, à la formation des laïcs qui y participent, se préciseront-elles au fur et à mesure que l'expérience s'approfondira...et que le nombre des diacres augmentera.

Ceci est en même temps la marque de la nécessaire ouverture de toute diaconie liturgique sur l'ensemble de l'action pastorale caractérisée, en particulier, par le souci permanent d'éveiller les baptisés à leur rôle actif dans les diverses étapes des célébrations chrétiennes, et par le lien et la proximité avec les plus démunis.

II. ARTICULATION AVEC LES AUTRES ROLES

«Le diaconat aura de l'avenir dans la mesure où il aura pu se situer clairement par rapport aux autres ministères... Tout d'abord cela suppose un rapport assaini avec le presbytérat. Que le diaconat ne soit pas un presbytérat "au petit pied" !... L'autre rapport qu'il conviendra d'éclairer concerne celui du diaconat avec les ministères (non ordonnés)...» (Documents-Episcopat, avril 1980, p. 4)

Pour essayer de faire progresser cette problématique, notre réflexion sur l'articulation du rôle des diacres avec ceux de l'évêque, des prêtres et des laïcs devra intégrer deux éléments, l'un théorique, l'autre pratique.

Le premier sera la reprise et le complément de ce qui a été dit plus haut sur le fondement et la spécificité du rôle du diacre ; le deuxième sera une référence aux expériences en cours avec un appel à poursuivre l'expérimentation.

1. Articulation avec le ministère de l'évêque

C'est dans l'ordination même que se, situe le fondement du lien entre l'évêque et le diacre, entre celui-ci et l'Eglise particulière dans laquelle il est incardiné. Dès lors, c'est l'évêque qui est la référence permanente pour la détermination des fonctions du diacre et, aussi, pour l'articulation de son rôle avec ceux d'un curé, d'un conseil pastoral, des prêtres d'un secteur, des laïcs animateurs d'un mouvement ou d'un secteur d'activité ecclésiale.

Ainsi ce qu'expriment les paroles et gestes du rituel de l'ordination se trouve précisé souvent par l'homélie et ensuite par la lettre de mission:

«Sous l'autorité du responsable diocésain et en accord avec les prêtres, vous assurerez la coordination de la pastorale du baptême, en lien avec les laïcs...»

La nature du lien qui relie le diacre à l'évêque apparaît bien dans cette disposition pratique : «Chaque année, vous me rendrez compte de votre ministère et de votre activité.» De tout cela il découle que la recherche en cours sur une meilleure articulation du rôle du diacre avec celui des prêtres et des laïcs engage au premier chef le ministère épiscopal.

2. Articulation avec le ministère des prêtres

D'ordinaire la nomination ou la lettre de mission posent la base d'une particulation du rôle du diacre avec plusieurs types de prêtres :

«Dans votre secteur de X., vous participerez au travail des prêtres, au conseil pastoral...»

«Dans votre paroisse, n'hésitez pas à animer la prière, à assurer la prédication...»

«Diacre de l'évêque et de l'Église diocésaine, je vous invite à collaborer ... à des mouvements et services tels que Vie Montante, Secours Catholique ...»

«Je vous invite à travailler, en lien étroit et confiant, avec votre évêque et le presbyterium diocésain.»

Ces diverses fonctions ne concernent pas toutes le ministère liturgique du diacre, mais, précisément, l'articulation de ce ministère liturgique avec celui du prêtre engage souvent, en même temps, la mission de gouvernement et la mission d'enseignement et, donc, les situations respectives des prêtres et des diacres à l'égard de ces deux fonctions.

C'est ce que nous avons déjà vérifié en remarquant que si prêtre et diacre sont l'un et l'autre ministres ordinaires pour le baptême ou le mariage, le fait de la charge pastorale donne une priorité au curé (canon 530). C'est donc dans le cadre d'une approche globale qu'on peut appliquer judicieusement les textes qui servaient de référence dans l'établissement d'une bonne articulation des rôles.

Ainsi, le canon 517 peut avoir une incidence liturgique avec les assemblées dominicales en l'absence de prêtre: «Si, à cause de la pénurie de prêtres, l'évêque diocésain croit devoir confier à un diacre ou à une autre personne ... une participation à l'exercice de la charge pastorale d'une paroisse, il constituera un prêtre qui, muni des pouvoirs et facultés du curé, sera le modérateur de la charge pastorale.»

D'autres textes, évoquant l'articulation des fonctions, le font avec les termes assez vagues de «collaboration éventuelle», «communion avec...», «après concertation avec...», etc. Ces expressions constituent sans doute un appel à faire preuve d'imagination.

3. Articulation avec les ministères exercés par des laies

Les laïcs auxquels on pense ici ne sont pas tous ceux qui peuvent bénéficier du service du diacre, mais ceux et celles qui participent à la mission de sanctification de l'Eglise par l'exercice d'une charge ecclésiale définie, comportant une réelle responsabilité et reconnue par l'autorité compétente.

Le problème le plus délicat concerne les fonctions dûment énoncées comme faisant par