Diaconamur


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Histoire namuroise

L’histoire du diaconat à Namur.

Emmanuelle PETITJEAN

« La foule qui se presse davantage au seuil de l’Eglise qu’à l’intérieur,c’est au milieu d’elle qu’est ma place aujourd’hui. »

Guy Jassogne, 1977 (ordonné diacre en 1973)

Introduction

« L’accroissement rapide de la communauté des disciples conduisit bientôt les Douze à améliorer son organisation afin de rester disponibles à la prédication extérieure, leur mission première. A cet effet, ils s’adjoignirent un collège d’anciens ou presbytres […] avec lesquels ils partagèrent la présidence des assemblées et la conduite de la prière. En outre, à la suite de récriminations des membres de la communauté originaires de la Diaspora et parlant grec (les hellénistes), qui se plaignaient que leurs veuves fussent désavantagées dans l’entraide, les Douze firent désigner par la communauté sept serviteurs (en grec diakonoi), les diacres, pour le “service des tables”, choisis parmi les hellénistes. Leur chef, Etienne, allait bientôt s’illustrer par l’ardeur de sa foi chrétienne et par son martyre. […] Au fur et à mesure de leur création, les communautés étaient placées chacune sous l’autorité d’un collège d’anciens, [de presbuteroi, dont le président] portait souvent le titre d’episkopos, qui finit par se généraliser pour désigner le chef de l’Eglise locale (évêque). Ce dernier était en outre assisté de diakonoi (diacres), plus directement sous son autorité que les presbuteroi ; d’où, parfois, des tensions internes entre les deux groupes. »[1]  

Dans cette description, nous saisissons certaines bribes dont nous pourrions nous demander si elles ont encore à voir avec la situation actuelle. Il y est question de service, d’ardeur de la foi jusqu’au martyre, d’assistance à l’Evêque, de tensions avec les presbuteroi. Même si notre propos ne consistera pas à comparer ce premier diaconat avec celui qui a été rétabli par le Concile Vatican II, nous verrons si certains de ces aspects ont traversé les siècles, et se retrouvent dans le diaconat permanent tel qu’il s’est incarné dans le diocèse de Namur depuis la fin des années 1960.

Afin d’en évoquer une esquisse, nous aborderons les points qui peuvent donner un éclairage sur ce ministère. Ceux-ci ont déjà été soumis aux aléas de l’histoire, même si les plus anciens faits ne remontent pas au-delà de trente-trois ans. Nous le verrons, certains aspects sont flous, d’autres ont été oubliés par les acteurs eux-mêmes, faute d’avoir été scellés dans des écrits.

Dans un premier temps, nous donnerons un bref aperçu de l’histoire du diaconat permanent, depuis son rétablissement jusqu’à son actualisation à Namur. Ensuite nous envisagerons divers aspects liés au fonctionnement du diaconat : les responsables, le parcours qui conduit à l’ordination, les temps et moyens de rencontres entre les diacres. Nous réfléchirons ensuite à la spécificité du diacre permanent, et aux questions et difficultés inhérentes à son ministère. Enfin, nous terminerons – en beauté ! – en évoquant la place des épouses de diacres.

1. Bref historique du diaconat permanent

Le 30 septembre 1964, les Pères du Concile Vatican II approuvent à une forte majorité le rétablissement du diaconat comme ordre permanent : « Au degré suivant de la hiérarchie [après l’évêque et le prêtre] se trouvent les diacres, qui reçoivent l’imposition des mains “non en vue du sacerdoce mais du ministère”. En effet, soutenus par la grâce sacramentelle, de concert avec l’évêque et son presbyterium, ils servent le peuple de Dieu dans l’office liturgique, le ministère de la prédication, les secours de la charité. Il revient au diacre après détermination de l’autorité compétente, d’administrer solennellement le baptême, de conserver et de distribuer l’Eucharistie, d’assister à un mariage et de le bénir au nom de l’Eglise, de porter le viatique aux moribonds, de lire la sainte Ecriture

aux fidèles, d’instruire et d’exhorter le peuple, de présider le culte et la prière des fidèles, d’administrer les sacramentaux, d’accomplir les rites des funérailles et de la sépulture. […] Aujourd’hui, […] ces offices extrêmement nécessaires à la vie de l’Eglise peuvent difficilement s’exercer dans la discipline de l’Eglise latine telle qu’elle existe en de nombreuses régions ; le diaconat pourra donc à l’avenir être rétabli comme degré distinct et permanent de la hiérarchie. Il appartient aux diverses conférences territoriales d’évêques ayant compétence en la matière de décider, en accord avec le souverain pontife, s’il est ou non opportun pour le bien des âmes d’instituer un tel diaconat, et en quel endroit la chose peut se faire. Avec le consentement du pontife romain, ce diaconat pourra être conféré à des hommes d’âge mûr, même s’ils vivent dans le mariage, et aussi à des jeunes hommes jugés aptes à cette fonction, la loi du célibat demeurant pour eux en vigueur. » (Constitution dogmatique Lumen Gentium, n° 29)[2]. Trois ans plus tard, Paul VI signe le Motu Proprio[3] Sacrum Diaconatus Ordinem, qui expose les normes bien précises à respecter pour la préparation des candidats et l’exercice du ministère diaconal. Ce document doit être considéré comme la Charte fondamentale du diaconat permanent.[4]

En Belgique, le diocèse de Tournai, sous l’impulsion de Jean Huard, se lance dans l’aventure. A Namur, Monseigneur Charrue[5], stimulé par cette expérience hennuyère,  est aussi animé par la volonté de mettre en pratique le Concile dans la gestion du diocèse. Encouragé par les premiers futurs candidats diacres, il décide de restaurer le diaconat permanent. Le premier diacre, Arthur Tamietto, est ordonné à Saint-Servais le 27 décembre 1969. Aujourd’hui, cinquante-cinq diacres permanents sont incardinés dans le diocèse de Namur, onze sont décédés, et sept candidats sont en formation vers le diaconat.

La mise en œuvre du diaconat permanent va se réaliser sur la base de différents documents, notamment romains[6] : le 15 août 1972, la lettre apostolique Ad Pascendum de Paul VI[7] ; le 25 janvier 1983, le nouveau Code de droit canonique publié par Jean-Paul II, qui tient compte de la restauration du diaconat permanent[8] ; enfin, le 22 février 1998, deux documents publiés par le Saint-Siège : le premier, qui émane de la Congrégation pour l’Education catholique, s’intitule Normes fondamentales pour la formation des diacres[9], et le second, Directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents[10], provient de la Congrégation pour le Clergé.

A l’échelle diocésaine va se mettre en place un Coutumier, qui traduit de façon concrète ces dispositions prises pour l’Eglise Universelle, en leur étant fidèle. Une première version est rédigée en 1988 ; elle sera revue en 2002, en fonction de l’évolution du diaconat permanent dans le diocèse de Namur, que nous allons attester dans les chapitres suivants.

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2. Les responsables

Le premier responsable du diaconat permanent est Albert Delacharlerie, qui quitte assez rapidement sa fonction, mais n’est apparemment pas remplacé ; personne ne peut en tout cas se rappeler le nom de son successeur, qui ne figure dans aucun document d’époque. Après le départ de Monseigneur Charrue, la responsabilité du diaconat permanent se voit confiée à une Equipe d’animation, instituée par Monseigneur Mathen en 1974. Cette Equipe s’appellera « Conseil diaconal » à partir de 1980, parce qu’on estime que tous contribuent à l’animation.

Le groupe est constitué de prêtres et de diacres, dont le nombre fluctuera légèrement selon les époques ; les premiers membres sont les abbés Ernest Dejaifve, André Haquin, Joseph Thibaut et Paul Beaupain (qui est référent pour la province de Luxembourg), ainsi que les diacres Christian Goffinet, Guy Jassogne et Arthur Tamietto. Parmi eux, il y a notamment un responsable[11], l’abbé Dejaifve, un coordinateur des cours, un responsable de la dimension spirituelle, un secrétaire, un trésorier. Dans les années 1980, on veillera à ce qu’un diacre représente le Namurois, un autre l’Entre-Sambre-et-Meuse,  un autre encore la province de Luxembourg.

En 1992, l’abbé Jules Solot – déjà responsable de la formation depuis 1987 – succède à l’abbé Dejaifve à la tête du diaconat permanent. A ce moment-là, le Conseil diaconal au complet prend en main l’animation des choses ; jusque-là, en effet, les principaux acteurs étaient les prêtres du Conseil, et les réunions n’étaient pas régulières.

En 1995-96, la formation du Conseil se précise : pour une durée de quatre ans, quatre diacres sont choisis, dont deux élus par leurs pairs, et deux cooptés par les Conseils diaconal et épiscopal ; deux prêtres sont désignés par l’Evêque. Depuis 2001, les diacres sont au nombre de six (trois élus et trois cooptés). Trois élections ont eu lieu depuis ce changement ; la première fois, les diacres qui ne voulaient pas être élus ont pu le signaler, mais à présent, tous les diacres ordonnés depuis trois ans sont éligibles.

A la différence d’autres diocèses, à Namur, c’est actuellement tout le Conseil diaconal qui est responsable, et plus les prêtres seuls ; ceux-ci se partagent les tâches, depuis deux ou trois ans : l’abbé Roger Kaufmann se charge des diacres ordonnés, et l’abbé Solot de la formation. Les autres membres actuels du Conseil, tous diacres, sont Herman Covens, Jacques Dessaucy, Etienne Dethise, Jean-Marie Eppe, Marc Peignois et Emile Sac[12]

3. Le parcours vers le diaconat

3.1.  Discernement et précheminement

Avant de s’engager dans une formation, un temps de discernement s’avère indispensable par rapport à ce qui est perçu comme un appel. Pendant longtemps, la manifestation provient du candidat lui-même ; depuis environ 1997, on peut aussi interpeller l’un ou l’autre que l’on jugerait fait pour cette vocation.

Vers 1970, le discernement est modeste : un accueil très large est réservé aux demandes individuelles, qui s’adressent à l’Evêque, celui-ci envoyant le postulant au responsable du diaconat. On procède ensuite à la critique des motivations, et l’on observe les engagements familiaux et professionnels de la personne. On tient compte surtout de l’avis des prêtres formateurs, plus que du clergé local. In fine, c’est l’Evêque qui donne son accord pour que le candidat entame la formation.

En 1974, la démarche se structure. Après s’être manifesté, le futur candidat, ainsi que sa famille, reçoit la visite d’un diacre puis d’un prêtre, qui font leur rapport à l’Equipe d’animation, laquelle délibère. Si elle donne son accord, un dossier se constitue, sur la base d’un questionnaire rempli par le candidat, d’un autre rempli par son épouse, et enfin par un prêtre qui le connaît. Après l’examen du dossier, un rapport final est adressé au Conseil épiscopal, qui décide si le candidat est admis ou non.

Le Coutumier de 1988 atteste une plus grande participation du clergé local durant cette étape : l’année de précheminement « se vivra sous la conduite du curé, du doyen, des autres prêtres du secteur pastoral ou du doyenné. » Il ajoute qu’ « un membre du Conseil diaconal sera personnellement chargé d’accompagner le candidat jusqu’à son éventuelle admission. » Au terme de cette année, le postulant rédige un rapport, qui permettra au Conseil diaconal et, in fine, à l’Evêque, d’admettre le candidat à la formation.

Ce temps de discernement se peaufine au cours des années qui suivent, ainsi que le montre le Coutumier révisé en 2002. Ainsi, avant d’entamer l’année de précheminement, l’insistance est mise sur la nécessité d’effectuer un véritable discernement par rapport à la vocation diaconale, notamment à l’occasion d’une retraite[13]. Le Conseil diaconal propose alors à l’Evêque d’admettre le postulant au précheminement. Le candidat doit choisir un directeur spirituel, et se voit adjoindre un diacre tuteur[14], qui le suivra et le soutiendra à partir de ce moment jusqu’à ses débuts de diacre ordonné. Une innovation par rapport au passé, c’est la constitution d’un groupe de précheminement, destiné à accompagner le candidat au cours de cette année. Ce groupe est constitué d’un prêtre et d’une majorité de laïcs, proches des secteurs de vie de l’aspirant, sans exclure l’une ou l’autre personne réticente à sa vocation diaconale. La mission du groupe est précisée dans le Coutumier, et se vit lors de rencontres mensuelles dont le contenu est lui aussi précisé. Au terme de l’année, l’avis favorable ou défavorable est donné par ce groupe – même si la décision de l’Evêque est souveraine. En cas d’avis négatif sur l’admission à la formation, le Conseil diaconal demande à un membre du groupe de suivre la vocation laïque de l’aspirant et son insertion pastorale.

Si le postulant est admis à la formation, il continue d’être accompagné par le groupe qui l’encadrait à raison d’une rencontre par trimestre, du moins si le groupe est d’accord ; certains membres peuvent quitter celui-ci, et de nouveaux le rejoindre.

Nous voyons donc combien, en l’espace de trente ans, ce temps de discernement s’est élaboré, tenant compte des expériences vécues et des documents parus, notamment les Normes fondamentales en 1998. Nous aboutissons à une pratique vécue par une cellule d’Eglise, qui accompagne l’un des siens dans son cheminement

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3.2. La formation

Ce terme renvoie à la formation des candidats d’une part, et à la formation permanente des diacres ordonnés d’autre part.

3.2.1.  Formation initiale

Pour réfléchir au projet de formation, une première rencontre des candidats a lieu en novembre 1968, en présence, pour une partie, de Monseigneur Charrue. Les grands axes sont donnés : la connaissance du message chrétien[15] à travers les grandes disciplines théologiques (Ecriture Sainte, dogmatique, morale, sacrements, liturgie), une formation au diaconat et au ministère diaconal, une formation à la vie spirituelle. Dès le départ, le temps de formation est fixé à trois ans, même s’il se commuera en formation permanente pour les premiers candidats ordonnés diacres en 1969 et 1970, qui n’auront pas beaucoup le temps de se former au préalable.

Faute de structures préétablies et d’école des sciences religieuses dans le diocèse, et vu les différences de niveaux entre les candidats, la formation est relativement personnelle[16], et s’appuie sur des sessions organisées au niveau de la communauté francophone du diaconat (qui ont lieu dans le diocèse de Tournai, sous la houlette de l’abbé Huard), sur un « parrain », prêtre de l’entourage du candidat agréé par les professeurs du Séminaire, ainsi que sur des rencontres régulières dans le diocèse, qui ont lieu au Séminaire, où les professeurs dispensent leurs cours aux candidats un samedi par mois (de 17h à 22h), tandis qu’un dimanche est consacré à la vie spirituelle et liturgique : les candidats vivent les vêpres et la messe avec les séminaristes. 

Les futurs diacres reçoivent aussi une formation théorique et pratique à la vie spirituelle. Ils sont tenus d’avoir un père spirituel, dix minutes de prière personnelle par jour, la messe aussi fréquemment que possible, la confession deux fois par mois ; il leur est aussi demandé d’effectuer une lecture suivie de la Bible, de prier l’office des laudes et des vêpres, et d’effectuer une retraite en préparation à leur ordination.

Ce projet évolue, puisque deux ans plus tard, les cours se donnent un samedi sur deux, à raison de 3 fois 45 minutes, de 14h30 à 17h (17h30 en 1973[17]), suivies d’une heure d’échange pour souder le groupe et assimiler la matière.

Dans ce domaine également, les choses se précisent en 1974, lorsque Monseigneur Mathen s’adjoint l’Equipe d’animation. Le programme de la formation est semblable à celui des séminaristes : dogmatique, morale, Ecriture Sainte et sacramentaire, avec aussi un cours spécialisé pour les diacres. Une nouveauté : chaque matière est suivie particulièrement par un diacre permanent, qui peut se faire assister d’un autre diacre. Leur rôle consiste, pour chaque leçon, à rassembler les notes et indications utiles, à rédiger le résumé de la leçon et de l’échange ; ces synthèses servent aux candidats absents occasionnellement ou qui suivent les cours par correspondance pour une raison valable.

Significative aussi cette réflexion émise en 1976 : assurer une formation typiquement diaconale est un peu illusoire ; il faut profiter de ce qui existe, à savoir les cours de catéchèse, les cours au Séminaire. En même temps, il apparaît que calquer la formation sur celle des séminaristes comporte des avantages mais aussi une certaine ambiguïté, puisqu’on s’évertue à cerner l’originalité du ministère diaconal.

Lors du bilan de 1977-78, les candidats demandent d’accentuer les cours et les informations sur le diaconat : les sacrements et la manière de les administrer, le service à l’autel, l’usage du Missel, etc. De façon générale, ils requièrent un enseignement plus approfondi.

En septembre 1982, s’ouvre le Sénevé au Grand Séminaire. Le but de ce Centre d’études théologiques est d’assurer la formation de laïcs, religieux(ses), prêtres et diacres du diocèse. Le Conseil diaconal estime que les candidats et les diacres doivent profiter de cette aubaine. Dès lors, la formation va s’articuler autour de ce cadre : deux samedis matins par mois, les candidats suivent le cours « Synthèse du message chrétien » ; les après-midi, ils travaillent plus spécifiquement sur l’Ancien Testament (7 après-midi), l’histoire du diaconat (2), la prière et les psaumes (3), la révision du cours du matin (3). Des diacres continuent d’assurer une aide pour le cours du matin.

Avant 1987 déjà, les temps spirituels sont intégrés à la formation : la journée commence par les laudes ; après le cours du matin, l’Eucharistie est célébrée, puis, avant de suivre le cours de l’après-midi, les candidats vivent ensemble un temps de convivialité et de réflexion ; durant ce moment, ils évaluent l’homélie que l’un d’eux a prononcée au cours de la messe (cela fait office de cours d’homilétique), ils parlent du ministère diaconal ou de l’organisation du diaconat, abordent des points précis tels que les aspects pratiques du rituel du baptême ou un temps liturgique particulier, etc. 

A la fermeture du Sénevé, au début des années 1990, la formation doit être repensée, puisque « Synthèse du message chrétien » n’est plus donné ; elle prend alors son profil actuel[18] : les cours se donnent sur la base d’un ouvrage, dont les candidats doivent préparer une partie avant le cours ; dans la plupart des cas, l’examen n’est pas centré sur la mémorisation, mais consiste en un travail personnel attestant qu’ils ont assimilé la démarche. En 1993, l’I.S.S.R. de Carlsbourg sollicite et reçoit l’autorisation que les futurs professeurs de religion suivent certains cours de la formation.

Monseigneur Léonard, ordonné en 1991, approuve le système pédagogique mis en place pour les futurs diacres, et notamment le fait que les cours partent d’une œuvre écrite, et soient donnés par un théologien et un diacre accompagnant. Les candidats qui le souhaitent peuvent compléter leur formation en suivant des cours au Séminaire.

On le voit, très liée au Séminaire au départ – pour des raisons pratiques – , la formation diaconale a trouvé sa spécificité au cours des années. Elle remplit sa fonction d’enseignement doctrinal, mais également spirituel, tant par un contenu que par la pratique. Dans son rythme et son organisation, elle tient compte du fait que les candidats sont bien occupés par une vie de famille – le plus souvent – , une activité professionnelle, un investissement paroissial, associatif, etc.

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3.2.2. Formation permanente

Dès les débuts, elle s’avère indispensable, d’autant que les premiers candidats seront ordonnés diacres très rapidement après le rétablissement du diaconat dans le diocèse. Dès 1970, il est stipulé aux nouveaux candidats que la formation doit être continue après l’ordination.

Dans la pratique, cette formation continue aura du mal à se vivre. En 1982, elle est reconnue souhaitable, mais difficile à mettre en place matériellement. En 1985, c’est toujours une question d’actualité. Treize ans plus tard, les membres du Conseil diaconal expriment l’urgence de donner aux diacres le goût de la formation personnelle. Un an plus tard, peu de diacres permanents participent aux journées de janvier, aux récollections et aux retraites, lieux où nourrir leur engagement.

En théorie, la formation continue des diacres ordonnés est clairement prévue dans le Coutumier de 2002, qui lui consacre tout un chapitre[19], ne faisant que relayer le document Directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents. Dans la pratique, plusieurs diacres ordonnés ne participent pas aux activités organisées pour eux dans le diocèse. Ceux qui s’y investissent trouvent néanmoins une nourriture en réponse à leurs attentes, qu’ils peuvent formuler ; par exemple, à l’Assemblée des diacres tenue à Orval en 1997, une formation est demandée sur les problèmes éthiques, les sectes et la catéchèse avant le baptême.

3.3.  L’ordination et les étapes qui la précèdent

En 1973, le candidat reçoit les ordres mineurs[20] (le lectorat et l’acolytat) à la fin de la 1e année ; un an plus tard, c’est « l’expression et l’admission solennelles » ; à la fin de la 3e année, le candidat est ordonné diacre. Il importe de souligner que les deux premières étapes ne conduisent pas d’office à l’ordination, et que le discernement se poursuit jusqu’à cette ultime étape.   

Le Coutumier de 1988 précise ces différents stades : après un an de formation assidue, le candidat peut demander par lettre à l’Evêque de faire son premier engagement. Le Conseil diaconal doit donner son avis, et l’épouse doit donner son accord ferme par écrit. L’institution au lectorat et à l’acolytat se fait au moment jugé opportun par l’Evêque, chaque fois après une demande écrite du candidat et en recevant obligatoirement l’avis du Conseil. Un intervalle de six mois est requis entre le premier engagement, l’institution aux ordres mineurs et l’ordination. Dans la version de 2002, le premier engagement peut avoir lieu au début de la formation (c’est-à-dire à la fin de l’année de précheminement), l’institution au lectorat à la fin de la 1e année de formation, et à l’acolytat à la fin de la 2e .  

En ce qui concerne l’ordination elle-même, en 1988, elle s’annonce également par une lettre écrite à l’Evêque au plus tard trois mois avant la date envisagée. Même procédé en 2002, mais la demande doit être faite à la fin du mois de juin précédant la date envisagée. Dans les deux versions, le projet diaconal doit être joint à la missive, mais en 2002, l’accent est mis sur la réflexion qui a présidé à son élaboration, réalisée avec l’aide du groupe d’accompagnement et des responsables locaux. L’accord ultime est donné par l’Evêque, qui aura obligatoirement écouté l’avis des Conseils diaconal et épiscopal.

En 1997, une rencontre interdiocésaine à Bruxelles pose la question de la lettre de mission, message écrit que l’évêque adresse au diacre nouvellement ordonné ou à celui dont la mission change ; cette lettre devrait être transmise aux autorités religieuses concernées par les engagements du diacre. A Namur, jusque-là, cette étape s’effectue verbalement durant la cérémonie de l’ordination, et est ensuite publiée dans le bulletin diocésain. Une réflexion se met en place, et dans le Coutumier de 2002, on peut lire : « A l’occasion de l’ordination, l’Evêque enverra au nouveau diacre une lettre de mission, rédigée sur la base de son projet diaconal, le mandatant officiellement pour cet apostolat. » Dans la pratique actuelle, le tâtonnement est toujours de mise, car il n’existe pas de tradition des lettres de mission pour les diacres, qui assument des engagements sur le terrain de leur quotidien, à la différence des prêtres, dont les fonctions sont plus claires. 

 

[1] Théo. L’Encyclopédie catholique pour tous, Paris, Droguet-Ardant/Fayard, 1992. Chapitre sur l’organisation de l’Eglise au Ier siècle, p. 289.

[2] Vatican II. Les seize documents conciliaires, Canada, Fides.

[3] Acte législatif pris et promulgué par le Souverain Pontife « de son propre mouvement » (et non pour répondre à une sollicitation) ; c’est l’équivalent d’un décret. Dans Théo, op. cit., p. 1020.

[4] Ces données historiques proviennent du Coutumier de 2002, p. 2.

[5] Evêque de Namur de 1941 à 1974 ; décédé en 1977.

[6] Voir Coutumier de 2002, p. 2.

[7] Elle précise les conditions à remplir pour l’admission et l’ordination des candidats au diaconat.

[8] Il aborde l’admission à la formation, la durée de celle-ci, les qualités requises (intention droite, science nécessaire, bonne réputation, mœurs intègres, vertus éprouvées, qualités physiques et psychiques en rapport avec le ministère envisagé), les lettres à écrire à l’Evêque, les intervalles requis entre les ministères et l’ordination diaconale, l’ultime préparation à l’ordination par une retraite de cinq jours.

[9] Il détaille de façon beaucoup plus précise les procédures pour la sélection des candidats et les normes de la formation pour le diaconat.

[10] Il précise le statut juridique du diacre, les fonctions et la spiritualité diaconales ; il insiste sur la formation permanente du diacre. 

[11] Son rôle consiste à centraliser les dossiers des (candidats) diacres, à gérer les échanges avec l’Evêque et le Conseil épiscopal, ainsi qu’avec les responsables pastoraux concernés par le diaconat, à réunir le Conseil diaconal.

[12] 2005

[13] Ce discernement personnel ne peut de toute façon s’engager que si le postulant accepte les conditions préalables à l’ordination, parmi lesquelles : être âgé de 35 ans accomplis à la date de l’ordination, et pas au-delà de 65 ans – en 1988, pas au-delà de 55 ans ; compter plusieurs années de mariage ; s’il est célibataire, avoir d’abord opéré un discernement au Séminaire par rapport à une vocation sacerdotale ; etc.

[14] Celui-ci est nommé par le Conseil diaconal, et fait partie de ce dernier. C’est la raison pour laquelle les diacres sont au nombre de six au sein du Conseil : cela facilite les évaluations des différents candidats.

[15] Exemple d’ouvrage utilisé : J. Dankelman, Chrétiens d’aujourd’hui.

[16] Les candidats sont invités à lire tel ouvrage de morale, sur l’Ecriture, etc.

[17] Quelques instruments proposés : Dodd, Le fondement du christianisme, O. Clément, Questions sur l’homme, M. Delbrêl, Nous autres, gens des rues.

[18] Auparavant, il fallait parfois « bricoler », parce que le cours « Synthèse du message chrétien » se donnait sur deux ans, alors que la formation durait un an de plus.

[19] p. 10 : « La formation initiale du diacre doit être constamment élargie, approfondie et actualisée par la formation permanente. Celle-ci fait partie intégrante du ministère du diacre. Elle a donc son fondement propre et sa raison particulière dans le dynamisme même de l’ordination reçue. Cette formation permanente est par conséquent obligatoire. Formation initiale et formation permanente sont à considérer comme un unique parcours de vie chrétienne et diaconale. »

[20] « Il y eut longtemps incertitude sur le point de savoir si l’ordination au sous-diaconat et celle aux ordres mineurs, en usage depuis au moins le IIIe siècle, revêtaient un caractère sacramentel. Le Concile de Vatican II a tranché le débat en ne reconnaissant comme participant au sacrement de l’Ordre que l’épiscopat (plénitude du sacerdoce), la prêtrise (participation au sacerdoce) et le diaconat (participation au ministère). » En 1972, « le sous-diaconat et les ordres mineurs ont été supprimés dans l’Eglise latine, les fonctions de lecteur et d’acolyte étant toutefois conservées sous forme non plus d’ordres mais de “ ministères institués ”. » Théo, op. cit., p. 558.